Résumé du livre :
Elle s’appelle Ewa. Elle est particulière. Elle ne doit jamais se regarder dans un miroir. Jamais. Son don étrange est une malédiction qu’elle ne maîtrise pas. Son passé est difficile à porter. Il lui est impossible de partager son secret. Elle ne peut faire confiance à personne.

Enfermée « pour son bien » à Miedzeska, dans une pension pour filles au cœur de la Pologne, Ewa survit entre humiliations et sévices. Elle serre les dents en rêvant d’évasion, mais personne ne s’échappe de cet internat.

Alors pourquoi des filles disparaissent-elles sans laisser de traces ? Que deviennent-elles ? Et surtout… qui sera la prochaine ? Ewa ne doit jamais céder à l’appel des miroirs, elle le sait. Elle a juré. Et si la vérité se cachait dans son reflet ?

Mon avis :
Le résumé du livre nous plonge de suite dans le bain sans pour autant trop en dire… de quoi cultiver le suspense et faire monter la pression. Notre corps va souffrir par procuration et notre âme va être happée par le tourbillon d’une culpabilité inévitable et grandissante.

Oui, c’est une des forces de Matthieu Biasotto : nous balloter de gauche à droite tout au long de ses textes, avec des personnages poignants, des situations parfois dérangeantes, des mises en scène réalistes, des intrigues bouleversantes. Oui, il sait bien le faire, et il aime tellement cela que c’en est presque sadique. Et nous, lecteur, on signe pour ça, alors allons-y !

Nous voilà donc immergé dans la Pologne des années 30 auprès d’Ewa, une enfant de 15 ans qui va voir son existence bouleversée à l’issue d’une soirée tragique, où elle assiste à la mort de ses parents dans des circonstances que je vous laisserai découvrir par vous-même. Nous sommes en droit de nous demander d’ailleurs, comment, après un tel événement, on se relève et  affronte la vie, surtout à cet âge-là.

Son oncle Leslaw, qui assiste à cette soirée cauchemardesque et qui est le dernier membre de sa famille, va l’emmener dans une pension pour filles. Son idée : la « protéger ». La protéger d’elle-même, mais aussi garantir la sécurité des autres face à ce don qui se transforme rapidement en malédiction. Seulement voilà, il est loin de se douter que cet établissement est dirigé par une femme de poigne qui aime abuser de son autorité et c’est Ewa qui en fera les frais, au même titre que les autres pensionnaires.

Pour garantir pleinement la sécurité de sa nièce et des autres internes, Leslaw exige que la tenancière des lieux fasse retirer TOUS les miroirs du bâtiment sans exception. Une exigence respectée à coups d’influence sociale et de billets. Mais voilà, rien ne peut jamais être garanti à 100 %. Vous aurez compris qu’il existe un  lien entre les miroirs et la malédiction qui frappe la jeune Ewa, l’histoire finira d’attiser votre curiosité sur le sujet.

La directrice, d’origine allemande, ne laisse pas la place au doute. Elle est entourée d’une surveillante à sa botte, d’un homme à tout faire sous son emprise, et de pensionnaires soumises. La perversité au service du pouvoir… ou l’inverse peut être.

Cet établissement, ou plutôt devrais-je dire cette prison pour adolescentes, va vite mettre Ewa dans des situations épouvantables : sévices corporels et autres humiliations qu’on ne devrait pas avoir à vivre, ni à 15 ans ni jamais d’ailleurs. Tout va s’enchaîner pour elle : d’un point de vue physique, elle va prendre cher ; d’un point de vue psychologique, elle ne va pas être épargnée. Elle va pleurer sur son sort, douter de l’avenir, se méfier de tout et de tout le monde, craindre pour sa vie, sombrer dans l’angoisse et la peur… Elle va même être tentée par les miroirs, pourvu qu’elle puisse éclaircir son avenir.

Elle va même espérer une évasion qui paraît impossible et pourtant, elle assiste, une nuit, à la disparition d’une des résidantes de l’établissement et va chercher à en comprendre les raisons.

Et le lecteur dans tout ça ? Il est là : il souffre avec elle, il la suit partout avec une impuissance qui lui tord le ventre sur certaines scènes, il aimerait prévenir Ewa de certains pièges qui l’attendent, mais il se rend compte qu’il ne peut rien. Il ne peut rien pour elle, sauf être rempli d’empathie et de compassion. Alors, comme la jeune Ewa, il s’apitoie, il est triste, impuissant, fatigué, coupable, à bout de forces, et il fait le dos rond en attendant des jours meilleurs…

Je vais vous laisser le soin de découvrir tout cela par vous-même, car il faut absolument que vous puissiez vous imprégner totalement de la plume et des mots de l’auteur, qui exprime les maux d’Ewa avec une précision chirurgicale, qui vous parlera de la malédiction qui pèse sur cette gamine, qui vous servira sur un plateau d’argent l’histoire peu banale de cette jeune fille si particulière.

Matthieu exploite avec justesse la notion de chaud/froid dans les chapitres, nous plongeant tantôt dans le climat glacial de la Pologne en hiver – on en frissonnerait presque à la lecture de certains passages –, tantôt dans la chaleur des rapports humains qu’entrevoit Ewa dans cette pension et qui nous donnent espoir en l’humain.

Le style d’écriture dans Ewa est pour moi l’un des plus aboutis, si ce n’est le plus abouti, enfin jusqu’au suivant, car connaissant le perfectionnisme de Matthieu et son acharnement à toujours faire mieux, le prochain promet un excellent moment de lecture… Eh bien voilà, j’ai déjà hâte de le lire.

Dans ce livre, chaque mot est choisi avec la plus grande attention, un travail d’orfèvre pour un effet des plus précis. Les scènes sont visuellement très réussies : de l’action qui plonge le lecteur dans une réalité tantôt glauque et tantôt rassurante, des personnages qui sonnent juste, quel que soit leur rôle tout au long de l’histoire, et une fin qui nous permet de nous dire une fois de plus que le « travail » est accompli pour l’auteur et le but recherché est atteint pour le lecteur : nous toucher !

Il est difficile de lire Ewa sans être pris d’empathie pour cette gamine qui n’a rien demandé à personne et qui doit se conformer aux choix des adultes, pas toujours bienveillants d’ailleurs. Difficile de ne pas partager ses douleurs et sa souffrance, de n’être qu’un spectateur impuissant de certaines scènes, on culpabilise même de ne pas pouvoir la sortir de cet enfer programmé.

Je vous laisse cliquer sur le lien ci-dessous, commander ce livre, qui est le 9e de Matthieu Biasotto, le lire et venir en discuter avec moi.

Bonne lecture.

Qui est Matthieu Biasotto : http://matthieubiasotto.com/
Je suis un auteur indépendant, j’ai fait le choix d’être libre. Mon écriture est accessible, parfois poétique. Ma plume peut être dure, j’assume. Je vis de mes choix et à présent de mes mots. J’écris pour être lu, pour partager et pour me mettre à nu. J’écris pour être Moi. Quand j’écris je suis aligné avec ce que j’ai au plus profond. J’aime m’essayer à des genres différents. J’écris tout simplement pour me faire plaisir. J’adore travailler la tension. La vitesse. Le souci du détail et le suspense. J’éprouve un plaisir étrange à échafauder de nouvelles histoires. Je jubile à l’idée de manipuler l’esprit, au moins un peu. Pour moi, la plume est un moyen de m’ouvrir et de me connecter au monde. D’entrer dans les vies, dans les foyers, dans les discussions et dans les cœurs tout en repoussant les limites de mon imaginaire. Il n’y pas de plus beau métier.

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