Solène Bakowski

Dam : Solène, voilà quelques mois que nous nous connaissons, et c’est à chaque fois un régal d’échanger avec toi, que ce soit de vive voix ou par écrit. Voilà, je tenais à te le dire.
Donc merci à toi pour ta simplicité !
Merci également d’avoir accepté de te prêter au jeu de cette entrevue pour Chronique au Scalpel !

Solène Bakowski : J’ai le droit de répondre ici ? Parce que si je peux, j’ai envie de te retourner ce compliment. Nos échanges sont de vrais moments de bonheur et me rappellent à chaque fois quelle chance a été la mienne de rencontrer un lecteur (devenu un ami, depuis)  tel que toi.

Dam : merci Solène, tes mots me touchent, vraiment !

Parlons de ton livre…
« Parfois on tombe » : peux-tu nous dire en quelques mots, ce qui t’a inspiré cette histoire ?

Cette histoire est née alors que je revenais de Chine, où je m’étais installée avec mon mari et ma fille. Lorsque nous sommes rentrés, j’ai glissé dans une sorte de dépression. Alors, pour conjurer un peu tout ça, j ’ai ressenti le besoin de mettre en scène un personnage qui luttait contre les mêmes démons que les miens.

Si tu ne devais citer qu’une seule qualité et qu’un seul défaut à Sarah, ton personnage principal ?

Sarah est une mère et une épouse profondément aimante. C’est sans doute sa plus grande qualité. Mais elle ne voit que son propre mal-être, elle s’y enferme, c’est son drame.

Ce livre est considéré comme un roman initiatique… pure fiction ou une partie de réalité ?

Je dirais que des morceaux de réalité se cachent dans les recoins de cette fiction. En créant Sarah, j’ai créé une sorte de double, un avatar qui va atteindre un degré de souffrance impensable et qui va commettre ce que, moi-même je craignais de commettre à l’époque. Je ne suis pas loin de croire que si je n’ai rien fait, c’est bien parce que Sarah a tout pris sur ses épaules. De la même façon, en suivant sa rédemption, j’ai pu guérir. Sarah est en quelque sorte ma poupée vaudou. Elle est celle qui a brûlé à ma place et celle qui est parvenue à guérir mes maux. Son voyage initiatique est le mien, par procuration.

Envisages-tu une suite à ce livre ?

Non, pas du tout. Je crois que Sarah a dit tout ce qu’elle avait à dire. Et, pour être très honnête, la période d’écriture de ce roman n’est pas très heureuse pour moi, en tout cas, pour les premiers chapitres. Or, j’ai la superstition facile et j’ai tendance à m’imaginer que les fantômes resurgiraient si je devais à nouveau convoquer Sarah.

Parlons un peu de toi…
Dans tes romans, tes personnages sont toujours très travaillés, où puises-tu ton inspiration pour leur donner vie ?

Tous mes romans sont d’abord le fruit d’une rencontre avec un personnage. C’est lui qui me guide, qui me prend par la main et me raconte son histoire. Souvent, quand je trouve qu’il n’est pas assez loquace, je passe des heures à lui tirer les vers du nez. J’ai, dans mes tiroirs, des pages entières de dialogues et de lutte avec mes personnages. Ces dialogues n’ont bien sûr pas vocation à être publiés, ils ne sont là que pour amorcer la pompe ou pour me sortir d’un moment de flottement. Mais c’est sans doute grâce à cette méthode, qui n’est pas vraiment réfléchie mais qui me correspond bien, que je parviens à donner un peu de consistance à mes personnages. C’est parce que, pour moi, ils sont réels. Par exemple, à chaque fois que je passe à côté du Panthéon, je m’attends à trouver Anna-Marie Caravelle. Idem pour Sarah et pour tous les autres.

Es-tu sensible à la critique, et est-ce que cela impacte tes écrits ?

Je suis très sensible à la critique. Non pas parce que je la trouve injuste, mais parce qu’au contraire, elle pointe souvent des manques et des faiblesses dont j’ai déjà conscience. Je fais partie de ces gens sans confiance, et qui avancent dans la vie en pensant que tout ce qui leur arrive est le fruit d’un coup de chance. Aussi, quand on me dit que mes écrits sont comme-ci ou comme-ça, c’est difficile à encaisser parce que ça me renvoie au fait que je ne mérite peut-être pas la place que certains lecteurs m’ont accordée. Et le pire, dans tout ça, c’est que les commentaires négatifs s’incrustent avec une force beaucoup plus grande que les retours positifs. Mais c’est ainsi : quand on écrit –et c’est pareil quand on chante, quand on peint, bref, quand on exprime quelque chose, on se met à nu. Et nu, on est forcément vulnérable.

Parmi les commentaires que tu as reçus, est-ce qu’il y’en a un qui t’a particulièrement marqué et que tu pourrais partager avec nous ?

Oui, c’est un des premiers commentaires sur Amazon que j’ai reçu pour Un sac. Je vais le copier en partie ici.

« Le fond – L’intrigue est bien construite. L’histoire que cette jeune femme de vingt-quatre ans nous raconte afin de s’en délivrer, de crainte d’en perdre le souffle, n’est pas très originale, ne nous fait pas haleter – « Et alors ? Et alors ? » – mais se révèle prenante et pas sans rebondissements. Les portraits sont tracés avec une grande maîtrise, les développements psychologiques sont suivis avec une justesse, une vérité qui font penser, entre autres, à J-K Huysmans (Marthe), et même peut-être jusqu’à – oserais-je ? – Céline… mais d’un peu loin, sans la puissance ténébreuse de ce dernier. Oui. Entre autres. Littérairement, rien que du beau monde, en tout cas.
Je me garderai évidemment de déflorer plus avant quoi que ce soit d’autre, me bornant à vous recommander vivement – j’insiste – la lecture de cet excellent texte. »

J’ai pleuré en le découvrant.

Quels sont tes projets pour 2017 ? personnels et professionnels !

J’ai la chance de pouvoir vivre de l’écriture, cette année au moins. Mes projets sont donc essentiellement tournés vers des activités d’écriture.

« Un sac » sorti en janvier en librairie, en poche, chez Milady. L’accueil lui a été chaleureux, je croise les doigts pour qu’il plaise à un maximum de personnes. Pour un nouveau texte, il faudra sans doute attendre début 2018.

Sur le plan personnel, je n’ai pour seul projet que de continuer à être aussi heureuse. Mon mari et ma fille me comblent, c’est un bonheur de tous les instants.

Pourrais-tu nous raconter un souvenir d’enfance lié à la lecture ?

Un jour, je devais avoir 8 ou 9 ans, je me suis rendu compte que je lisais et que les images se succédaient naturellement dans ma tête, sans le moindre effort. Je ne faisais pas que lire (entendez déchiffrer, ou observer une suite de mots), j’assistais à un véritable spectacle. Je crois que c’est à ce moment-là qu’est né mon amour incommensurable pour la lecture. Le roman qui a permis cette magie, c’est La chatte au chapeau de S. Ruge. Je ne sais pas si c’est un bon roman (je ne l’ai pas relu depuis), je n’ose même pas le conseiller mais voilà, il marque, pour moi, le début de quelque chose.

Peux-tu nous dire quelques mots sur un sujet qui te tient à cœur ou tout simplement une inspiration du moment ?

Je devrais appeler ma grand-mère. Je l’appelle peu, je ne trouve que rarement le temps de passer la voir, je prétexte toujours avoir des choses à faire. Pendant ce temps, celui que je ne lui accorde pas, elle vieillit, sans doute trop seule. Je suis son unique petite-fille, la seule famille qui lui reste. Tout ça, je le sais, comme je sais que dans quelques années je me mordrai les doigts de n’avoir été qu’absente. Et pourtant, rien n’y fait. Allez comprendre.

Je vais l’appeler, dès ce soir. Ou alors demain. Parce que là, je dois préparer le dîner. Voilà, je l’appellerai demain.

Voici une photo, à toi de nous dire ce qu’elle t’inspire !

Que du bon. Cette page blanche, c’est une promesse, un nouveau personnage à rencontrer. Et cette tasse, elle est forcément pleine de Ricoré (ne vous moquez pas, j’adore la Ricoré) ou de thé blanc (que j’adore aussi). Quant à ce set de table, eh bien j’ai le même, en noir !

Je lance un rituel dans les Interviews pour CAS avec la question de l’auteur. Le principe est simple, c’est à toi de me poser une question de ton choix !

Tu as une blague en magasin (répondre « Non » est interdit ) ?

Tu veux faire ressortir mon côté clownesque, tant pis pour toi et tant pis pour les lecteurs. Une blague courte et drôle que j’adore :
Que fait une araignée quand elle n’a plus de pattes ?



Et bien elle fait du riz !

Bravo Dam, tu as relevé le défi de la blagounette. Allez, une dernière pour la route : À quoi rêve une araignée, le soir, au fond de son lit ? Au jour où toutes ses toiles seront enfin exposées au Louvre…

Excellent ! je suis sûr que tu as de la matière pour monter ton premier « one woman show », (rire !)

Voilà, le face à face en 12 questions de Solène Bakowski est terminée, mille mercis Solène d’avoir pris le temps de répondre et à vous lecteurs d’avoir pris le temps de la lire.

Merci à toi de m’avoir invitée. Je suis ravie et très honorée d’être sur ton blog.

Retrouvez les titres de Solène en format numérique ou broché :

         

2 thoughts on “Solène Bakowski : Le « face-à-face » en 12 questions”

  1. Jolie entrevue, j’entends vos voix, le crépitement de la cheminée, l’odeur du café … de la passion, de l’amitié, de la simplicité. Vivement 2018 pour le prochain livre 🙂

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